« Bonjour. Je m’appelle Roger. Voici mon espace. Mon fauteuil. Ma caravane. Ma vue imprenable sur le trafic du monde … Ici, je domine ma vie. Dans les brumes du CO2, j’aperçois un crétin de chien qui va traverser la bretelle d’autoroute. « Fais pas ça !», je voudrais lui dire. Mais je la boucle. Chacun sa vie. Et une vie de chien, tout le monde s’en fout.»
Celui qui dit ça, ne sait pas que le chien qui vient de traverser l’autoroute, en croisant son chemin à lui, en s’incrustant dans les parages de sa caravane miteuse plantée à un jet de rocade, malgré les rebuffades, à force de ruse et de palabre, va changer sa vie. Devenant à son corps défendant son plus fidèle compagnon, ce « Clebs », philosophe au point de savoir parler, va lui ouvrir les yeux sur ses lâchetés et ses renoncements, l’obligeant insensiblement à avoir le courage d’affronter sa vie et sa responsabilité envers autrui.
Cette fable moderne à la gouaille réjouissante nous parle du difficile métier d’homme, et il n’est pas anodin que ce soit un chien – aussi bavard et insupportable soit-il, teigneux, faux cynique, un peu beaucoup racaille, d’une mauvaise foi insondable et carrément pique-assiette qui donne cette leçon « d’humanité » à Roger. Un Roger, qui, même s’il s’est quasiment retranché de toute société, nous ressemble peut-être plus que nous le croyons. Sommes-nous donc tous des Roger ? Et si oui, aurons- nous tous la chance de rencontrer un « Clebs » ?
"Ah, voilà une pièce du tonnerre ! Il suffit d’une caravane pas loin d’une bretelle d’autoroute, d’un texte
qui turbule et qui trucule (signé Jean-Marie Piemme) et de deux acteurs surdoués …pour en dire long
sur les déchets humains que fabrique notre société d’abondance, et leur besoin d’amour et leur colère
aboyée… Ce n’est pas seulement mordant : c’est juste et délicat, une vraie pâtée de roi ! "
Le Canard
enchaîné. 16/7/2008